
Il y a quelques temps Ségolène publiait une critique d’un livre de Christian Coulon, intitulé Festins gascons. La critique, le titre et la photo de couverture m’ayant attirés, je laissai un commentaire. Je reçus par la suite un message de l’auteur, qui se proposait de m’envoyer le livre. J’hésitai mais…on ne refuse pas un livre.
Je l’ai lu et il m’a plu. Je n’en referai pas la critique, que Ségolène a très bien faite. Je me contenterai de dire qu’il m’a fait sourire, souvent. Qu’il m’a poussée à réviser un peu l’histoire de l’Aquitaine, qui n’avait été qu'effleurée au lycée – je suis en train de terminer une “Histoire des aquitains” d’Antoine Lebegue. Qu’il m’a donné envie de lire Montaigne, dont je n’avais lu que quelques extraits (j’ai reçu en cadeau Les Essais, j’ai du pain sur la planche). C’est bien les livres qui donnent envie d’en lire d’autres, non?
Ce livre me paraissant être un parfait candidat pour notre bookcrossing gourmand, j’en ai commandé un autre exemplaire. Je veux garder le mien, gentiment dédicacé et qui comporte quelques recettes intéressantes à tester. Mais j’enverrai celui-ci au premier qui se manifeste. Il me semble que, bien que son propos soit universel, il parlera plus à un lecteur du sud-ouest, de par les nourritures et les lieux évoqués.
Je vous en reproduis un extrait, un exemple des festins évoqués par le livre. Ne croyez pas à cette lecture que ce soit un livre anticlérical, j’aurais tout aussi bien pu prendre le passage sur le repas de vendanges ou celui sur le pique-nique pèlerinage de St Raphael. Celui-ci m’a plu à cause des sarments de vigne…
“C’est dans cet état d’esprit que fut prise la décision d’organiser une fois l’an, le Vendredi saint, jour symbolique s’il en est, un repas gras qui réunirait les bouffeurs de curés les plus affamés du village. Mais ce repas de résistance devait, pour montrer la détermination de nos valeureux guerriers de l’anticléricalisme et instruire les foules aliénées, se dérouler dans l’espace public, sur les lieux mêmes où régnaient l’ignorance et l’oppression. La place de l’église était l’endroit idéal pour de telles agapes. Ils la connaissaient bien la place de l’église ces pourfendeurs de curés car, refusant d’entrer dans ce qui était pour eux le temple de l’obscurantisme, ils s’y réunissaient lors des enterrements, mariages ou baptêmes. Une manière à eux de participer à ces rites sociaux sans compromettre leur foi laïque.
Ce festin gras prit, comme cela se passe souvent en Médoc, la forme de ce que nous appelons une roste, c’est à dire une sorte de pique-nique de grillades où chacun apporte un morceau de viande que l’on cuit évidemment sur une braise de sarments de vignes – sarments de cabernet sauvignon bien entendu car le bois de ce cépage se consume plus lentement que d’autres et est donc particulièrement approprié à ce mode culinaire rustique. En outre, pour mettre le feu à ces sarments, nos braves ripailleurs faisaient brûler les feuilles cléricales que leurs pieuses épouses achetaient le dimanche à la sortie de la messe, celles du quotidien régional – à l’époque La Petite Gironde – étant consciencieusement réservées pour les grillades quotidiennes ou à des usages plus intimes. Autodafé symbolique qui donnait lieu à toutes sortes de réflexions et de cris belliqueux mettant en appétit ces gourmands impénitents.
Ces belles entrecôtes saignantes, parsemées d’échalotes finement hachées, étaient lentement dégustées, accompagnées de bouteilles des meilleures années, occasion de porter tous les toasts que l’on peut aisément imaginer à la gloire des défenseurs de la “cause”. Souvent les entrecôtes étaient précédées de toutes sortes de charcuteries sorties des placards familiaux.”
In Festins gascons – Christian Coulon – éditions confluences
Je l’ai lu et il m’a plu. Je n’en referai pas la critique, que Ségolène a très bien faite. Je me contenterai de dire qu’il m’a fait sourire, souvent. Qu’il m’a poussée à réviser un peu l’histoire de l’Aquitaine, qui n’avait été qu'effleurée au lycée – je suis en train de terminer une “Histoire des aquitains” d’Antoine Lebegue. Qu’il m’a donné envie de lire Montaigne, dont je n’avais lu que quelques extraits (j’ai reçu en cadeau Les Essais, j’ai du pain sur la planche). C’est bien les livres qui donnent envie d’en lire d’autres, non?
Ce livre me paraissant être un parfait candidat pour notre bookcrossing gourmand, j’en ai commandé un autre exemplaire. Je veux garder le mien, gentiment dédicacé et qui comporte quelques recettes intéressantes à tester. Mais j’enverrai celui-ci au premier qui se manifeste. Il me semble que, bien que son propos soit universel, il parlera plus à un lecteur du sud-ouest, de par les nourritures et les lieux évoqués.
Je vous en reproduis un extrait, un exemple des festins évoqués par le livre. Ne croyez pas à cette lecture que ce soit un livre anticlérical, j’aurais tout aussi bien pu prendre le passage sur le repas de vendanges ou celui sur le pique-nique pèlerinage de St Raphael. Celui-ci m’a plu à cause des sarments de vigne…
“C’est dans cet état d’esprit que fut prise la décision d’organiser une fois l’an, le Vendredi saint, jour symbolique s’il en est, un repas gras qui réunirait les bouffeurs de curés les plus affamés du village. Mais ce repas de résistance devait, pour montrer la détermination de nos valeureux guerriers de l’anticléricalisme et instruire les foules aliénées, se dérouler dans l’espace public, sur les lieux mêmes où régnaient l’ignorance et l’oppression. La place de l’église était l’endroit idéal pour de telles agapes. Ils la connaissaient bien la place de l’église ces pourfendeurs de curés car, refusant d’entrer dans ce qui était pour eux le temple de l’obscurantisme, ils s’y réunissaient lors des enterrements, mariages ou baptêmes. Une manière à eux de participer à ces rites sociaux sans compromettre leur foi laïque.
Ce festin gras prit, comme cela se passe souvent en Médoc, la forme de ce que nous appelons une roste, c’est à dire une sorte de pique-nique de grillades où chacun apporte un morceau de viande que l’on cuit évidemment sur une braise de sarments de vignes – sarments de cabernet sauvignon bien entendu car le bois de ce cépage se consume plus lentement que d’autres et est donc particulièrement approprié à ce mode culinaire rustique. En outre, pour mettre le feu à ces sarments, nos braves ripailleurs faisaient brûler les feuilles cléricales que leurs pieuses épouses achetaient le dimanche à la sortie de la messe, celles du quotidien régional – à l’époque La Petite Gironde – étant consciencieusement réservées pour les grillades quotidiennes ou à des usages plus intimes. Autodafé symbolique qui donnait lieu à toutes sortes de réflexions et de cris belliqueux mettant en appétit ces gourmands impénitents.
Ces belles entrecôtes saignantes, parsemées d’échalotes finement hachées, étaient lentement dégustées, accompagnées de bouteilles des meilleures années, occasion de porter tous les toasts que l’on peut aisément imaginer à la gloire des défenseurs de la “cause”. Souvent les entrecôtes étaient précédées de toutes sortes de charcuteries sorties des placards familiaux.”
In Festins gascons – Christian Coulon – éditions confluences
