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mercredi 14 février 2007

Pain-surprise du Vexin - KKVKVK no. 17

C’est l’heure du Kikiveutvivienkuisiner n. 17. L’idée de départ de ce jeu était de Manue. C’est Fidji qui a remporté la précédente édition avec une brioche des rois somptueuse. Elle nous propose aujourd’hui de jouer avec la pâte à pain pour créer des pains surprise.

Suite à mon précédent billet, j’ai choisi de façonner mon pain en forme de croix pattée. C’est un peu facile direz vous, mais une fois que j’ai eu cette idée là en tête, elle n’en sortait plus. Ne voyez pas là une quelconque intention religieuse, je n’ai pas de religion. Mais tout comme les clochers des églises, ces croix font partie du paysage de ma campagne, et de la mémoire collective des gens du coin, depuis le 11ème siècle.

Marielle, qui nous disait que ces croix ornaient aussi les chemins de son coin de Jura, autour de Dole, se posait la question de leur origine. Je ne suis pas spécialiste, j’ai relu un article de mon ancien instituteur: “La croix pattée à branches égales, que l’on rencontre avec toutes ses variantes sur les sarcophages francs, est très répandue à l’époque romane et au début de l’époque gothique.” Apparues entre le 11ème et le 13ème siècle, on pense qu’elles servaient essentiellement à marquer les limites des terres de tel ou tel fief ou juridiction. “La sacralisation du monument, affirmée par la forme, rendait encore plus respectables les limites établies”.

J’ai repris la recette de la pâte à navette de Fidji, en machine à pain
500 g de farine T45
7 g de levure sèche de boulanger (ou 20 g de levure fraîche)
300 g de lait
40 g de sucre
9 g de sel

Mélanger tous ces ingrédients et dès que la pâte est bien lisse incorporer 80 g de beurre coupé en dés et mélanger jusqu'à ce qu’il soit bien incorporé.
Laisser lever la pâte dans un récipient couvert jusqu’à ce qu’elle ait doublé de volume (environ 1 heure pour moi ) .
Déposer la pâte sur un plan de travail légèrement fariné. Laisser détendre (reposer) quelques minutes .
Façonner en forme de croix puis laisser lever environ 45 min (suivant la température de votre pièce ).
Badigeonner d’un œuf battu et décorer de graines de pavot (du jardin de mes parent).
Faire cuire dans four préchauffé à 180°C pendant environ 20 minutes.
Dans le même temps, préparer une deuxième pâte. Après levée, déposer le pâton dans un moule à cake et laisser de nouveau doubler de volume. Enfourner à 180 pour environ 30 minutes.

Les deux pains étaient superbes. Je les ai laissés reposer jusqu’au lendemain pour qu’ils se découpent facilement. J’ai garni mon pain croix de quatres séries de sandwichs, taillés dans le deuxième pain:
- rillettes de lapin, délicieuses, faites par maman en suivant cette recette.
- béarnaise, mimolette, jambon blanc, tranches de tomates cerise
- feuilles d’épinard, thon mayonnaise
- St Moret, feuilles d’épinard, jambon blanc, tomates cerise.

J’aime autant vous dire qu’on s’est fait un pique-nique du dimanche soir de luxe! Ce pain est délicieux en sanwichs. Et maintenant je sais quoi apporter pour un buffet à thème régional.
Merci Fidji, c’était encore une fois une très bonne idée.

vendredi 9 février 2007

Pain du Vexin

Croix de l'Ormeteau-Marie - Théméricourt - XIIème siècle

Mon instituteur était un personnage. A l'ancienne, avec une blouse grise et un air sévère. Il s'appelait Roland Vasseur. Nous on l'appelait "M'sieur".
Arrivée de la ville, je savais écrire au stylo 4-couleurs. Il a fallu apprendre à écrire à la plume, à remplir les encriers avec la grande bouteille à bec. S'habituer à cette odeur particulière de l'encre, du buvard, mélangée à celles de la craie et de la colle au parfum d'amande amère.

C'était une toute autre façon d'enseigner. Il nous faisait apprendre par coeur Apollinaire,
Voie lactée ô soeur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons nous d'ahan
Ton cours vers d'autres nébuleuses

ou étudier des extraits du Quart Livre de Rabelais
...un faquin mangeoit son pain à la fumée du roust, et le trouvoist ainsi perfumé grandement savoureux.

Un enseignement élitiste pour une classe unique de village. Mais il ne fallait pas décrocher, on se retrouvait vite au piquet.


Lui, c'était un collectionneur de patrimoine. Les murs de sa maison étaient couverts de ses objets, des crémaillères, des clefs, des serrures, des outils anciens, des crucifix, des plats de faïence, des vistemboires...et des livres. Il avait construit sa maison autour de ses objets.
A force de collectionner tous ces objets du patrimoine rural, il était passé au stade supérieur, Conservateur des antiquités et objets d'art du Val d'Oise. Ca, c'est de la collection!
Loin de s'arrêter là dans sa passion de la conservation, il a été à l'origine, parmi d'autres, de la création du Parc Naturel Régional du Vexin Français.




C'est dans cette région que nous vivons, dans sa maison, vidée de ses objets, mais pas encore tout à fait de ses fantômes. Au coeur d'une poche de campagne accolée aux grandes banlieues grises, d'une région autrefois essentiellement rurale, maintenant habitée par des semi-citadins. Tellement protégée qu'elle est en quelque sorte muséifiée.
Et voilà que cette région, trop proche de Paris pour avoir conservé de véritables traditions populaires, autres qu'architecturales, cherche à s'en créer de nouvelles. Après la bière du Vexin, voilà le pain du Vexin, fait de grain et de farine locale et décoré d'une Croix pattée, ces croix bornales du 11-13ème siècle devenues l'emblème de notre petit coin de terre.
Ségolène, à la suite de plusieurs articles sur le pain, nous a demandé de lui envoyer une photo de nos pains régionaux. Voilà le notre, fruit d'une tradition recréée.
Je me demande ce que mon instituteur aurait pensé de cette invention. M'est avis qu'il en aurait souri.