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vendredi 11 mai 2012

A Sunday in Yorkshire

Dehors, il pleut. Mais la cuisine est chaude, encore parfumée de cette odeur particulière, et pourtant si familière, mêlant bacon, œufs frits, toasts et café, une sorte de concentré d’Angleterre.

Dimanche. Le temps s’écoule doucement. Les hommes sont au pub, real ale et match de foot. Les femmes à la cuisine, pour la lente préparation du Sunday dinner, prétexte à un confortable après-midi de discussion. Classique.

Le rôti de bœuf, massif, est local et superbe. Massé d’un peu d’huile, sel, poivre et de quelques pincées de moutarde en poudre, il part dorer à four chaud pour un bon bout de temps. Longtemps, beaucoup trop pour moi. Mais nous sommes en Angleterre.

Leçon de Yorkshire puddings, accompagnement indispensable au rôti et à la gravy. Je repense au farz de Patrick, c’est un cousin celte, assurément. Du lait, des œufs, de la farine, battre longtemps, laisser reposer et faire gonfler au four en le versant dans la matière grasse fumante. Même technique, même tradition rustique. Ca gonfle, et ça remplit, une cuisine de petites gens.

Caroline’s Yorkshire puddings
  • 8 cs de farine
  • ½ cc de sel
  • 1 cc de poudre de moutarde (Colman’s)
  • 3 œufs
  • ½ pinte  / 284 ml de lait (environ)
Verser la farine dans un grand bol. Ajouter sel et moutarde. Faire un puits et y casser les œufs. Battre comme pour une pate à crêpe. Ajouter graduellement le lait jusqu’à obtenir une consistance lisse, sans grumeaux (pour la quantité de lait évidemment, c’est à l’œil, comme pour le farz, tout dépend de la taille des œufs, il faut le sentir).
Verser dans un pichet. Laisser reposer au moins 1 heure.
Verser un peu d’huile, de graisse de bœuf, de saindoux ou de graisse d’oie dans chaque moule d’une plaque à Yorkshire puddings, ou à muffins, en métal. Enfourner à four chaud jusqu’à ce que la graisse fume. Verser la pâte dans les empreintes à mi-hauteur. Enfourner de nouveau à four chaud pour environ 20 minutes, jusqu’à ce que les puddings soient dorés et bien gonflés. Attention, ne pas ouvrir le four en cours de cuisson, ce qui risquerait de les faire retomber.

Et puis tranquillement, épluchage en commun des légumes d’accompagnement. Les pommes de terre rôties, les bâtonnets de carotte à la vapeur, le brocoli, le chou poêlé au bacon, un gratin dauphinois. Des casseroles partout, un festival de petits légumes.

Les anglais aiment l’abondance, en matière de sauce aussi. Il suffit de déglacer le plat de cuisson du rôti avec du bouillon (ici tout simplement le liquide de cuisson des légumes), de rajouter du vin, des épices, et de laisser bouillonner, doucement, jusqu’à la consistance voulue.  

Et soudain, après un après-midi entier de préparation tranquille, tout s’anime, la table se dresse, les assiettes se remplissent d’abondance et les mangeurs attaquent, avec détermination.

J’ai faim, rien que d’y penser.


Bonus : les Yorkshire puddings de Deborah.

Autre recette, autre dîner, tout aussi convivial et abondant. Un délicieux poulet rôti au citron, pommes de terre, carottes croquantes et pois gourmands, une belle gravy et les fameux Yorkshire puddings. Plus légers ceux-ci, plus soufflés, une consistance de pâte à chou. Deborah, en bonne Yorkshire girl, ne mesure pas, elle fait la pâte à l’œil, au feeling. Mais elle m’a donné sa recette de base, la même que celle de la BBC. The secret is in the eggs, she says.

(pour 4 grands puddings ou 12 petits)
  • 140g de farine
  • 4 œufs
  • 200ml de lait
  • Sel/poivre
Préchauffer le four à 230ºC.
Verser un peu d’huile dans les empreintes à muffin. Placer la plaque au four pour la préchauffer.
Verser la farine dans un grand bol, faire un puits au centre, y battre les œufs jusqu’à consistance homogène. Ajouter graduellement le lait et continuer à battre jusqu’à ce que le mélange ne présente plus de grumeaux. Saler et poivrer.
Verser le mélange dans un pichet. Oter la plaque à muffins du four, verser avec précaution la pâte dans les empreintes.
Enfourner pour 20-25 minutes sans ouvrir la porte du four jusqu’â ce que les puddings soient dorés et bien gonflés. Servir immédiatement.

lundi 10 décembre 2007

Mille et une escales: Sunday dinner


Qui n’a jamais déjeuné un dimanche dans une famille anglaise ne peut pas dire qu’on mange mal en Angleterre. N’en déplaise à mes collègues de train de banlieue, qui me lancent des réflexions ironiques quand je lis un livre de cuisine anglaise, et à tous les autres dont les souvenirs remontent aux petits pois trop verts et aux jelly tremblotantes de leurs voyages scolaires dans les iles britanniques, la cuisine anglaise n’est pas mauvaise, elle est différente.
Les anglais aiment plus que nous les goûts acides, les saveurs sucrées-salées, les épices dans la cuisine et les légumes croquants. Ce qui nous a choqué là-bas pendant notre enfance est devenue monnaie courante dans notre cuisine aussi.

On peut très mal manger en Angleterre, mais en France aussi. Certes ils passent moins de temps que nous à parler de nourriture, ils s’assoient moins souvent à table en famille, et les plats préparés ont envahi leurs cuisines depuis plus longtemps que les notres. Mais les temps changent. Leurs supermarchés sont devenus de véritables cavernes d’Ali Baba de la world food. Ils ont tout comme nous leur floraison de livres de cuisine et leurs chefs médiatiques. Les gastronomes anglais ne sont pas en reste.

Mon premier souvenir culinaire en Angleterre remonte à un voyage à Londres avec mes parents et à un steak pie croustillant absolument délicieux. Quelques mois plus tard, à peine débarquée à Douvres avec ma correspondante anglaise et ses parents, j’avais eu droit à mon premier fish&chips, mangé dans la voiture, à même son emballage de papier journal. J’avais refusé le vinaigre sur les frites, mais adoré le reste.
Mais le meilleur souvenir reste sans doute le rôti de boeuf du dimanche, avec ses Yorkshire puddings, sa sauce “gravy” et ses petits légumes, preparé avec amour par nos amis anglais. Des goûts simples, celui de l’amitié, d’une cuisine chaleureuse et des dimanches pluvieux du Yorkshire.

Moi j’aime bien la cuisine anglaise.


J’ai essayé de le refaire à l’occasion de l’anniversaire d'un amoureux de l'Angleterre, et du jeu Mille et Une Escales qui s’arrête en Angleterre jusqu’à la fin du mois. Pour le goût, je n’étais pas loin, même si mes Yorkshire puddings n’ont pas gonflé comme ils l’auraient du (je pense qu’ils étaient placés un peu trop haut dans le four, seuls les côtés ont gonflé). L’odeur dans la cuisine était bien la bonne, il ne manquait que les amis.

Roast beef and Yorkshire puddings

Ingrédients

1 bon rôti de boeuf
2 carottes
2 oignons
Huile végétale (ou graisse de boeuf)
20 cl de bouillon de boeuf
1 verre de vin rouge

Préchauffer le four à 220. Eplucher et couper les oignons et les carottes en deux. Les mettre a rôtir dans un plat à four. Faire revenir le rôti sur toutes ses faces. Le placer dans le four sur les légumes et laisser rôtir à votre convenance (on compte environ 30 minutes par kilo pour une viande saignante, 10 minutes de plus pour une viande à point).
Au bout de ce temps, emballer le rôti dans une feuille d’aluminium et le garder au chaud. Déglacer le plat avec le verre de vin rouge. Verser dans un casserole avec le bouillon et faire réduire (on peut ajouter un peu de maizena diluée pour épaissir la sauce).

Yorshire puddings

2 cs d’huile vegetale, ou graisse de boeuf
100 ml de lait entier
50 ml d’eau gazeuse
115g de farine
½ cc sel
2 oeufs battus
Poivre, 1 pincée de poudre de moutarde

Battre les oeufs avec le poivre et la pincée de moutarde. Tamiser la farine et le sel dans un grand bol. Commencer à incorporer la farine au fouet en ajoutant progressivement le mélange lait-eau gazeuse. Verser dans un picher.
Au four préchauffé à 220, faire chauffer de l’huile végétale, de la graisse de boeuf, ou un peu de graisse du rôti dans des moules à Yorkshire pudding, ou à muffin en metal. Quand la graisse fume, remplir les moules aux 3/4 et laisser gonfler 20 minutes, sans ouvrir le four.

Servir avec le boeuf et la gravy. J’avais preparé en accompagnement des brocolis gratinés dans une sauce au bleu, et des pommes de terre simplement enrobées d’huile d’olive, de poivre et de thym et rôties au four.

Pour finir, un trifle anglais presque totalement chimique: sponge cake, gelée à la fraise, custard en poudre pour la crème anglaise, agrémenté de vraies framboises et de vraie Chantilly. Un goût venu d’ailleurs.