mercredi 8 novembre 2006

Un Casareccio pour Sandra


Je marchais longtemps, de Porta Portese aux ruelles du Trastevere, pour aller jusqu’au fornaio acheter un casareccio, un demi, ou un quart, il était vendu au poids. Et je repartais contente, avec le pain encore chaud dans son enveloppe de papier brun, le ciel bleu de Rome au dessus. Des promesses de tartines plein la tête.

Là-bas, la baguette, les croissants nous manquaient. Allez savoir pourquoi, même dans un pays de cocagne, il manque toujours quelque chose aux expatriés. Mais il y avait les panini al latte, les cornetti, les rosette, la pizza bianca et le casareccio. Un gros pain de ménage à la croûte noire caramélisée, à la mie brune, très alvéolée, presque élastique, cuit au four à bois. Le pain idéal pour saucer, délicieux grillé, frotté d’ail et arrosé d’huile d’olive.

Ici, par un juste retour des choses, le casareccio nous manque. Alors, ce pain, je l’ai dans la tête depuis que Sandra en a publié une version de la région des Pouilles, il y a de longs mois. Mais où trouver le temps de commencer la biga la veille, de pétrir et d’attendre 3 à 5 heures que la pâte lève, de repétrir et d’attendre encore 1 heure, 1 heure 30 avant d’enfourner. Tout dépend de la température, le pain est une diva qui sait se faire désirer.

Il m'aura fallu une triste journée d'automne pour me lancer. Quoi de mieux à faire quand le brouillard couvre la campagne toute la journée que de regarder pousser la pâte et d'allumer le four?
Finalement, ce n'est pas le pain de mes souvenirs. Il manque la croûte noire, il me faudrait un four à bois peut-être. Mais qu'est-ce qu'il était beau, et bon! Quelle fierté de le sortir du four celui-là!

Sandra, merci. Ce pain est pour toi, et pour ta petite qui vient de naitre.

Pour la recette, allez visiter Le Pétrin, je n'ai rien modifié.

lundi 6 novembre 2006

24 heures contre la cyber-censure


REPORTERS SANS FRONTIÈRES ORGANISE LES 24 HEURES CONTRE LA CENSURE SUR INTERNET ET APPELLE LES INTERNAUTES À SE MOBILISER

Rendez-vous sur http://www.rsf.org/ du mardi 7 novembre 11h00 au mercredi 8 novembre 11h00

Créer une page sur Internet, publier des informations en ligne ou poster un commentaire sur un blog est a priori à la portée de tous. Il n’en est rien dans les treize pays épinglés par Reporters Sans Frontières à l’occasion de l’opération : 24 heures contre la censure sur Internet. Soixante et une personnes sont emprisonnées dans le monde pour avoir publié des textes "subversifs" sur un blog ou un site Web. Reporters Sans Frontières dresse une liste de 13 pays “ennemis d'Internet” qui censurent abusivement la Toile en bloquant les contenus qui critiquent leur autorité. L’Internet fait peur. Les censeurs de tous horizons en exploitent les failles et s’attaquent de front à ceux qui y avaient placé leurs espoirs. Des multinationales, Yahoo ! en tête, collaborent avec le gouvernement chinois pour filtrer le Réseau et traquer les cyberdissidents.

La défense de la liberté d'expression sur Internet et le sort des bloggers dans les pays répressifs est l'affaire de tous. Durant 24h, l'organisation propose aux internautes une CYBERMANIF INTERNATIONALE et des outils pour se mobiliser contre les prédateurs d'Internet.

Entre le mardi 7 novembre 2006, 11h00, (heure de Paris) et le mercredi 8 novembre 11h00, chacun est invité à soutenir ce combat en se connectant sur http://www.rsf.org/. Chaque clic fera évoluer la carte des “Trous noirs du web” et reculer la censure. Pour peser sur les gouvernements qui musellent ce qui devrait être un espace de liberté, et faire de cette opération un succès, la participation du plus grand nombre est nécessaire.

Des actions militantes seront par ailleurs mises en place par les bureaux des Reporters Sans Frontières à travers le monde pour dénoncer les dérives éthiques des géants de l'Internet lorsqu'ils opèrent dans l’un de ces pays.

Reporters Sans Frontières publiera la liste des treize ennemis du Net le 7 novembre et lancera, à cette occasion, sa plate-forme de blog, rsfblog, ainsi qu'une version en arabe de son site Internet, dédié à la liberté de la presse.

L’agence Saatchi & Saatchi a créé une campagne presse qui sera déclinée pour le Web, appelant toute la communauté des Internautes à se mobiliser au cours de ces 24 heures. Tous les médias, les sites et les blogs qui souhaitent s’associer à cette opération d’envergure sont invités à prendre contact avec Cédric Gervet : 00 33 1 44 83 84 74.

La liberté d’expression n’est pas un luxe. C’est un droit pour tous !

5 rue Geoffroy-Marie - 75009 Paris – Tel : + 33 1 44 83 84 71 – Fax : + 33 1 45 23 11 51
internet@rsf.org - Plus d'informations ➥ http://www.rsf.org/

jeudi 2 novembre 2006

Ahusquy



Dans la vallée, il faisait beau et chaud. On est montés progressivement, de Garindein à Idaux-Mendy, puis Aussurucq. La route est de plus en plus sauvage, les paysages aussi. Plus haut encore, on rentre dans la forêt des Arbailles, et dans les nuages. La végétation est luisante d’humidité, la route est la seule trace de civilisation dans cette forêt ancienne. Ah non, il y a les vaches aussi, les belles vaches du pays Basque, tranquilles, au beau milieu de la route. Nous on est des étrangers, alors on attend qu’elles bougent, elles sont balaises ces vaches. Et puis il y a les cyclistes fous aussi, habillés en tour de France, qui montent obstinément vers le col.
Plus haut encore, au sortir de la forêt, ce sont les paturages. Perdus dans la brume on aperçoit ici et là des vaches, des moutons, des chevaux, en liberté dans la montagne. Et puis tout en haut, le col, et dans un trou de nuages, un vol de vautours, libres eux aussi. En haut, il fait froid, l’horizon a disparu dans la brume.
La grande salle de l’auberge d’Ahusquy est chaleureuse à souhait. Les longues tablées, la grande cheminée avec ses cuivres luisants, la rumeur sonore des conversations en basque, les odeurs alléchantes, tout nous invite à nous asseoir, et à rester, longtemps.
Et un repas prend longtemps au pays Basque. Dans cette auberge comme dans les autres, d’autant plus que celle-ci sert d’étape à des tablées de randonneurs affamés. Il y a d’abord le potage, on n’y coupe pas. Puis la truite (prononcer trrruite), l’anguille, ou la cassolette de gambas. Puis la tranche de gigot, le magret ou la pièce de boeuf, généreusement servis avec des haricots blancs et des beignets d’aubergines. Enfin les fromages et les desserts. Nous voilà lestés, prêts pour la sieste. Dehors, le nuage s’est déchiré, découvrant les pentes vertes et la forêt au dessous. On prendra l’autre route pour redescendre, celle par laquelle est monté le peloton du Tour de France – ils sont fous ces gars là!
Cassolettes de gambas (pour 4)
  • 16 gambas
  • 1 tomate
  • 1/2 poivron rouge
  • 1 belle gousse d'ail
  • 3 tranches de ventrèche *
  • 1 giclée de cognac
  • poivre, piment d'espelette
  • 30cl de crème fraiche
* la ventrèche est de la poitrine séchée basque, souvent parfumée de piment d'espelette. Si vous n'en trouvez pas, remplacez par une tranche épaisse de jambon de Bayonne. Préchauffer le four sur thermostat 6/180°. Faire revenir rapidement les gambas avec leur carapace dans 1 cs d'huile d'olive, jusqu'à ce qu'elles rosissent. Réserver. Couper le demi poivron et la tomate épépinée en petits cubes. Couper la ventrèche ou le jambon de Bayonne en fins lardons. Décortiquer les gambas et en disposer 4 par cassolette. Faire revenir rapidement la ventrèche, les dés de tomate et poivron et la gousse d'ail hachée dans l'huile qui a servi à faire revenir les gambas. Une fois un peu fondu, flamber au cognac (éteindre la hotte). Ajouter la crème, mélanger. Ajouter poivre et piment. Saler si besoin. Verser le mélange sur les gambas et enfourner pour une quinzaine de minutes. Attention, c'est une entrée sérieuse. Il faut avoir un peu marché dans la montagne pour avoir envie de confit de canard à la suite de ça. Mais c'est bon!
A la demande expresse de Maloud, lectrice de Porto, Portugal (vous vous rendez compte, j'ai une lectrice à Porto, je suis super fière!), je rajoute l'adresse de l'auberge: AUBERGE D'AHUSQUY AHUSQUY 64130 AUSSURUCQ Tel : 0559285727 Il vaut mieux réserver, surtout le weekend, il y a pas mal de groupes de randonneurs qui s'y arrêtent, et des gens du cru aussi. Autres infos utiles: les prix sont très raisonnables et le restaurant ne prend pas les cartes de crédit.

mercredi 1 novembre 2006

Toussaint


Est-ce ainsi que les hommes vivent?

Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
A quoi bon puisque c'est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m'éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j'ai cru trouver un pays.

Cœur léger cœur changeant cœur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours
Que faut-il faire de mes nuits
Je n'avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m'endormais comme le bruit.

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.

C'était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d'épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j'y tenais mal mon rôle
C'était de n'y comprendre rien

Dans le quartier Hohenzollern
Entre la Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un cœur d'hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m'allonger près d'elle
Dans les hoquets du pianola.

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.

Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke.

Elle était brune elle était blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n'en est jamais revenu.

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.

Il est d'autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t'en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton cœur
Un dragon plongea son couteau

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.

Louis Aragon

lundi 30 octobre 2006

Et si je faisais un gâteau?


Requia, c'est une gourmande! En plein Ramadan, elle qui ne mangeait ni ne buvait de toute la journée, passait ses pauses déjeuner à feuilleter des livres de cuisine dans les librairies. Vous y croyez vous? Moi j'aurais été victime d'une grave crise d'hypoglycémie dès les premières pages. Elle non, tranquille!

Comme elle avait l'intention de se livrer à son passe-temps favori chez WH Smith, et que c'est en quelque sorte ma librairie de quartier, dont je hante les rayons depuis des années à la recherche de mes livres de science-fiction et de fantasy favoris, je l'ai accompagnée un midi.

J'avais mangé. Bien m'en a pris. Elle m'a entrainée au rayon livre de cuisine, que j'avais soigneusement évité jusqu'ici. Des livres de cuisine anglaise aux livres de gâteaux d'anniversaires délirants, en passant par les cuisines indienne et italienne, j'ai eu le plus grand mal à résister. Je me suis rabattue finalement sur le magazine Delicious, chaudement recommandé par Requia, laquelle n'a pris qu'un seul magazine - un exploit!

Depuis, je rêvais d'essayer LE gâteau aux carottes de Jamie Oliver, plein de noix, d'amandes, de gingembre et autres épices, et surmonté d'une couche épaisse de glaçage au citron vert. Donc hier, je prépare soigneusement tous les ingrédients, je pèse tout au gramme près - la pâtisserie ne s'improvise pas - et je me lance. Un vrai désastre: gâteau brûlé dehors, pas cuit à l'intérieur malgrè plus d'une heure au four. Je n'ai rien compris. Il est parti à la poubelle.

Bon, je ne vais pas me laisser démonter, et puis j'aime trop les gâteaux anglais: essayons le Lemon drizzle cake, LE gâteau au citron anglais par excellence. Il est délicieux, mais je n'ai pas suivi complètement les instructions du magazine sur la chaleur du four (thermostat 4), le temps de cuisson (50 minutes) et les proportions du glaçage que j'ai diminué de moitié (ça suffisait amplement). Une fois de plus, je suis un peu déçue par les recettes de magazine, ceux qui les écrivent ne les testent visiblement pas toutes.


Lemon drizzle cake
  • 115g de beurre doux ramolli
  • 115g de sucre en poudre
  • 4 gros oeufs
  • 125g de farine avec poudre levante, tamisée
  • 180g d'amandes en poudre
  • 30g de graines de pavot (je les ai oubliées)
  • zeste et jus de deux citrons
Sirop de citron
  • 100g de sucre
  • 90g de jus de citron
glaçage
  • 150g de sucre glace tamisé
  • zeste d'un citron + jus d'1/2 citron
Préchauffer le four à 180/thermostat 6. Mélanger au batteur le beurre et le sucre jusqu'à ce que le mélange soit blanc et crémeux. Rajouter les oeufs un à un en ajoutant un tout petit peu de farine pour que le mélange reste bien homogène. Ajouter les amandes, les graines de pavot, le zeste et le jus de citron et la farine. Verser le mélange dans un moule de 20 cm chemisé de papier sulfurisé (le papier doit remonter sur les bord pour que le gâteau puisse lever sans déborder). Enfourner pour environ 30 minutes, jusqu'à ce que le gâteau soit doré.
Faire fondre sur feu doux le sucre et le jus de citron pour obtenir un sirop.
Démouler le gâteu sur une grille. Avant refroidisssment, le percer de trous sur toute la surface avec une brochette fine et verser le sirop doucement pour qu'il imprègne tout le gâteau.
Mélanger progressivement le jus de citron dans le sucre glace jusqu'à obtenir un glaçage épais. Ajouter le zeste. Verser sur toute la surface du gâteau et le laisser couler sur les bords.

jeudi 26 octobre 2006

Puisque vous semblez aimer les classiques...



Qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur raconter, me dis-je en regardant les paysages de la campagne endormie défiler par les fenêtres du train. On voit mal, il fait encore nuit dehors, les sièges oranges se reflètent dans les fenêtres. On passe les étangs, tout embrumés du matin, le petit manoir au fond, comme dans un rêve.

Quand j’étais gosse déjà, dans le car qui m’amenait au collège, j’essayais de me mettre toujours à la même place, celle d’où j’avais la meilleure vue sur les paysages fugaces que j’attendais au tournant: les trois peupliers qui se détachaient seuls au bout d’un champ, comme un petit bout de Toscane, le petit château d’Us noyé dans la verdure, les clochers des églises. J’ai toujours aimé l’aube.

Plus tard, c’était dans le métro aérien entre Porte Dauphine et Nation que je m’installais de façon à apercevoir, l’espace d’un instant, le Sacré Coeur en haut de Montmartre, repère espéré sur ma route quotidienne.

Ce matin le soleil se lève rouge et jaune sur la banlieue, les petits pavillons tous différents avec leurs jardinets carrés, leurs tables de jardin bachées et leurs barbecues de brique. Les murs le long des voies sont mangés par les mauvaises herbes et les tags. Au loin, les immeubles de la Défense et la Tour Eiffel se détachent dans une brume rosâtre.

Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur raconter…Ah si tiens, puisque vous aimez les classiques, encore une recette réconfortante pour dimanche de flemme:

Poulet à l’estragon
  • 1 poulet d’1,2 kgs
  • 1 bouquet d’estragon
  • 1 petit verre de vin blanc sec
  • 1 tête d’ail
  • 1 brin de thym
  • 1 brin de romarin
  • sel, poivre, piment d’espelette
  • 25 cl de crème fraiche
  • 1 cs d’huile d’olive
Préchauffer le four à 200/thermostat 8. Saler, poivrer, pimenter l’intérieur du poulet. Y ajouter deux gousses d’ail, thym, romarin et une branche d’estragon. Masser le poulet à l’huile d’olive, saler, poivrer. Le déposer dans un plat à four sur le flanc, avec le reste des gousses d’ail en chemise, et enfourner pour 20 minutes. Au bout de ce temps, le retourner sur l’autre flanc, et ré-enfourner pour 20 minutes. Surveiller la cuisson, arroser de temps en temps, et rajouter un peu d’eau au fond quand le poulet commence à bien dorer pour allonger le jus. Au bout de 20 minutes, disposer le poulet poitrine vers le bas et remettre au four pour 20 minutes supplémentaires.

Une fois cuit, le sortir du four et l’emballer dans une feuille d’aluminium pour qu’il reste chaud. Le laisser reposer 10 minutes poitrine vers le bas, en surélevant légèrement les pattes, de façon à ce que les sucs se diffusent bien dans la poitrine.

Pendant ce temps, dégraisser si besoin le jus de cuisson, le déglacer à même le plat avec le vin blanc. Ajouter la crème fraiche, sel, poivre et estragon ciselé et laisser cuire à feu doux jusqu’à ce que la sauce épaississe. J’utilise un plat en fonte que je peux mettre directement sur le gaz sans avoir besoin de transférer la sauce dans une casserole, mais en l’absence, faire chauffer doucement la sauce dans une casserole une fois le plat déglacé.
Découper le poulet et servir la sauce à part.

lundi 23 octobre 2006

Comme un lundi



Ca y est, il fait nuit quand je pars le matin. La longue saison humide, froide et sombre s’installe. Bientôt il faudra dégivrer la voiture le matin. Il me faudra attendre des mois avant de revoir le lever de soleil sur la plaine, des mois pendant lesquels je me demanderai pourquoi je ne suis pas allée m’installer plus au sud.

Le dimanche est passé trop vite, comme d’habitude. Couchés tard, levés tard, la tête dans le brouillard. Pas envie de cuisiner, enfin, si, mais pas le courage. Alors retournons vers les classiques réconfortants, le déjeuner dominical de base, rôti de boeuf, salade verte, patates au Bleu.

Ca ne mérite peut-être pas un billet, mais c’est tellement bon. Juste des pommes de terre coupées en tranches et revenues dans la graisse d’oie, puis recouvertes de Bleu d’auvergne qu’on laisse fondre doucettement avant de retourne la poêle sur une assiette. Ca donne une galette craquante et fondante, idéale en accompagnement d’une viande, ou simplement dégustée seule avec une salade.

Patates au bleu
  • 1 kg de pommes de terre
  • 125 g de Bleu (ou Roquefort)
  • 50 g de Beaufort (ou Comté ou autre fromage bien fondant)
  • 1 cs de graisse d’oie
  • 2 gousses d’ail en chemise

Dans un faitout, faire revenir les pommes de terre coupées en rondelles dans la graisse d’oie avec l’ail en chemise. Faire cuire à feu moyen jusqu’à ce que les pommes de terre soient dorées (mais pas trop). Saler mais peu, le fromage est très salé. Poivrer. Tasser les pommes de terre et les recouvrir de lamelles de fromage. Couvrir et laisser fondre environ 10 minutes a feu doux. Demouler sur une assiette et servir la belle galette dorée.

    jeudi 19 octobre 2006

    Les cigares aux amandes de Mémé


    Mémé était une toute petite bonne femme, toute courbée, toujours habillée de couleurs sombres. Pour les fêtes, sa seule coquetterie était un peigne de perles noires et blanches qu'elle fixait dans ses cheveux tirés en arrière, au dessus d'un minuscule chignon serré dans une résille.

    D'une famille originaire de la communauté Juive de Malaga, elle était née à Melilla, enclave espagnole en terre marocaine. Puis elle était partie vivre et se marier à Oran, en Algérie, pour venir finir ses jours en banlieue parisienne. Elle évoquait de temps en temps une partie de sa famille, émigrée en Amérique du Sud, et qu'elle n'avait jamais revue. Certaines familles semblent plus que d'autres vouées à l'exil.

    Elle n'aimait rien tant que nourrir sa famille. Même quand elle était invitée, elle arrivait toujours avec des paniers de choses à picorer, qui venaient s'ajouter à tout ce qu'avait déjà préparé la maîtresse de maison (qui n'avait qu'à s'adapter): petits cigares au fromage, méghina (omelette froide aux légumes), fritta (salade de poivrons), fèves grillées salées, petits fruits en pâte d'amande. Et puis des cigares aux amandes, des gâteaux faits de pâte d'amande maison roulée dans des feuilles de brick, puis frits et plongés dans un bain de miel. Un vrai délice, ça croustillait, la pâte d'amande moelleuse était parfumée de fleur d'oranger et de cannelle, le miel coulait, on s'en mettait plein les doigts.

    Elle parlait l'espagnol, l'arabe et le français, mais n'avait jamais su lire ni écrire. Elle aurait été bien incapable de me donner une recette. Quand je lui demandais des détails sur la fabrication d'un plat, elle me disait: "Ma fille, vous (parce qu'elle me vouvoyait) viendrez me voir à la maison et je vous montrerai". J'étais jeune, je n'ai pas pris le temps. Je le regrette, maintenant qu'il est trop tard.

    Un jour, j'ai retrouvé la recette des cigares aux amandes que j'aimais tant sur le blog de Nawal. Je les ai faits, c'était ceux là! Mon beau-père m'a dit: "Ils sont comme ceux de ma mère." Vous imaginez si j'étais fière!

    Je ne reprendrai pas ici la recette, allez voir chez Nawal, elle explique même le pliage en images.


    lundi 16 octobre 2006

    Le pain des blogs


    Aujourd’hui c’est World Bread Day, la journée mondiale du pain. Zorra nous invite à célébrer cet événement à notre manière, en vous montrant de jolis pains virtuels. Je ne pouvais pas laisser passer ça. Ce sont les blogs qui m’ont donné le goût du pain maison. La première fois c’était un pain aux noix absolument délicieux, réalisé avec l’aide et les conseils personnalisés d’Anne Papilles. Puis j’ai suivi les conseils de Sandra, auteure de l’indispensable Pétrin, mais aussi de Fidji, Scherneel et Manue, qui boulangent comme de vrais mitrons.

    Ah le plaisir de pétrir la pâte chaude, l’émerveillement devant les pâtons qui lèvent comme par magie. L’odeur qui se dégage dans la maison pendant la cuisson. Et la profonde satisfaction de trancher son propre pain, de se faire de belles tartines de fromage ou de rillettes, de les frotter d’ail pour les bruschette.

    Mais il faut avoir le temps de regarder la pâte lever, et le temps est une denrée plus rare que la farine. Alors je n’en fais pas souvent, mais c’est à chaque fois le même plaisir.



    Et puis, une petite dernière pour la route:


    jeudi 12 octobre 2006

    Loubia

    Bagneux, banlieue grise du sud de Paris, une cité HLM aux ascenseurs taggés. Cétait un soir de Pessah, la fête de Pâques Juive, et j'étais là, petite Gauloise, pour la première fois invitée à partager le repas des grands-parents.

    C'était il y a longtemps, très longtemps, quand je n'avais aucune idée du goût que peut avoir l'Orient. J'étais partie loin pourtant déjà, j'étais familière avec le lait de soja chaud et les you tiao du petit déjeuner, les cornets de pattes de poulet frites ou la soupe de nouille au boeuf pimenté. Mais j'étais presque totalement ignorante de toute une culture géographiquement plus proche.

    Le grand-père disait la prière dans une langue aux consonnances inconnues. Les plats de fête qui se succédaient étaient totalement étrangers à mon palais. Autour de la table, les hommes parlaient fort, le ton montait, de plus en plus fort, à la limite de l'engueulade. Mais non, c'était juste le volume normal de la conversation. L'oncle racontait des histoires Juives, de celles que seuls les Juifs peuvent se permettre de raconter et qui durent dix minutes, font fuser deux ou trois fois les rires pour se terminer en un bouquet final d'éclats de rire. Et puis il y avait l'accent.
    Pendant ce temps la grand-mère, Mémé, toute petite, toute courbée, apportait des plats, encore des plats, servait, nous disait de manger, toujours debout à servir ses hommes. On se serait cru dans un bouquin de Cohen, mais là c'était du vrai. Un véritable choc culturel à portée de Métro.

    Je ne saurais vous dire ce que j'ai mangé ce soir là, j'ai oublié, et puis ce n'est pas ma tradition. D'autres sont certainement plus qualifiés pour le faire. Mais je me suis avec le temps acclimatée à cette cuisine particulière, profondément imprégnée de celle du pays dans lequel vivait telle ou telle communauté. En l'occurence, c'était l'Algérie.

    Mémé a disparu avec ses recettes, ma belle-mère les perpétue, il est temps que j'apprenne. J'ai commencé avec la loubia, un plat Arabe dit mon beau-père, un genre de cassoulet nord-africain au cumin. La recette, que je tenais d'une tante, était succinte:

    HARICOTS ROUGES (LOUBIA)
    Dans une marmitte mettre oignons+tomates+lingots blancs+viande+pied. Dès cuisson des haricots rajouter concentré de tomates, ail, poivre rouge, cumin. Si aux merguez les ajouter en fin de cuisson avec le concentré de tomates.

    J'ai interprété. C'est un plat de pauvre, j'en ai fait un plat riche en y mettant trop de viande. On corrigera la prochaine fois. Mais c'était bon!

    Loubia (pour 6)
    • 1 boîte de 500g de haricots lingots
    • 2 boîtes de tomates pelées en dés
    • 2 oignons
    • 1 pied de veau
    • 6 merguez
    • 2 souris d'agneau*
    • 1 tête d'ail
    • romarin, laurier
    • 3 cs de cumin (ou plus, au goût)
    • 2 cs de poivre rouge moulu (noura concassée)
    • 3 cs de concentré de tomate
    * J'en avais mis 4, c'était trop. On peut aussi utiliser du boeuf à pot au feu, de la joue par exemple.

    Faire tremper les haricots pendant 12 heures. Dans une grande cocotte, faire revenir légèrement à l'huile d'olive les oignons émincés et l'agneau. Ajouter les haricots égouttés, le pied de veau et les tomates, laurier et romarin. Mouiller d'eau à hauteur. Laisser mijoter environ 1 heure jusqu'à ce que les haricots soient cuits et la viande très tendre. Ajouter ensuite le concentré de tomates, la tête d'ail entière, non épluchée, sel, poivre et épices. Faire revenir les merguez à la poêle et les rajouter au plat. Laisser encore mijoter doucement 3/4 d'heures et servir.
    C'est encore meilleur le lendemain...