dimanche 18 juin 2006

Clin d'oeil



Massimo avait passé une nuit exécrable. Il faisait chaud cette nuit là, le ronronnement du ventilateur au plafond, qui ne remuait que de l’air chaud, l’avait empêché de dormir une partie de la nuit. Puis les voisins, qui s’engueulaient, comme d’habitude, le bébé hurlait. Il s’était assoupi au petit matin, pour être réveillé par le chat qui voulait sortir – mais pourquoi est-ce qu’on s’oblige à vivre avec ces bestioles ? – puis par les marchands qui commençaient à déballer à l’aube, installant les stands du marché aux puces de Porta Portese. Là encore, qu’est-ce qui avait bien pu le pousser à choisir un appartement situé au cœur du marché aux puces ? Sûrement, il avait dû le visiter un jour de semaine.

Et puis le téléphone, insistant. Le crime avait eu lieu dans un de ces appartements huppés, en terrasse, adossé aux pentes du Gianicolo. La police scientifique était déjà sur les lieux. De là haut, sûrement, on devait voir jusqu’à l’Aventin. Peut-être même jusqu’au petit jardin d’orangers à côté de Santa Sabina. Il devait faire bon là-bas, ce matin.

Mais pour Massimo le dimanche était foutu. Dire qu’il aurait pu être à Fregene, comme tout le monde, à écouter le match à la radio en regardant les filles se balader en se tenant par la main sur la plage. Non, il fallait y aller.

Dehors, sur le Viale Trastevere, tout le monde marchait d’un seul côté, à l’ombre des platanes immenses. Il passa à côté du petit restaurant de quartier, les tables sous la tonnelle désertes à cette heure matinale. Par la fenêtre, on apercevait la grande fresque du Vésuve en éruption, dans la salle. Le menu du jour annonçait des Saltimbocca a la romana, accompagnées d’un contorno d’épinards juste tombés à l’huile d’olive et aux échalottes. Il décida de repasser par là pour le déjeuner.

Saltimbocca a la Romana
(ou sautes-en-bouches à la Romaine)

  • 300g de médaillons de veau
  • 80g de jambon de Parme dégraissé (coupé en tranche très fines, ou « sottile », subtiles, comme disent les italiens, y a-t-il au monde une langue plus belle ?)
  • 24 feuilles de sauge
  • 20g de beurre
  • Huile d’olive
  • Sel
  • Poivre
  • Bâtonnets
  • 1 dl de marsala

Compter 6 tranches de veau très fines par personne et une tranche de jambon par saltimbocca. Découper les tranches de jambon à la taille des saltimbocca. Fariner les médaillons et les saisir rapidement de chaque côté, dans le beurre et l’huile. Poivrer. Disposer une feuille de sauge sur chaque tranche, puis une tranche de jambon, et maintenir à l’aide des bâtonnets.
Dans la même poêle, saisir de nouveau les saltimbocca de chaque côté 1 mn. Saler peu et ajouter le marsala. Laisser évaporer 1 mn et servir immédiatement les saltimbocca nappés de sauce.

Recette tirée de "Cuisine Toscana a Villa Gamberaia" de Camilla Zalum, Ed. Noêsis, un de mes bouquins préférés.


mardi 13 juin 2006

Bradford- West Yorkshire - England

Seekh Kebab

La campagne tout autour est sauvage et romantique. Les petites routes à peine larges pour une voiture et demie serpentent sur les collines vert pâle, entre des murets de pierre sèche, sous le ciel gris plombé. La vieille Ami 8 verte a du mal un peu, dans les côtes, mais elle est confortable et équipée d’une excellente stéréo: Cocteau Twins, Joy Division, Dead Can Dance, ça va bien avec le paysage. C’est le pays des soeurs Brontë, arrêt à Haworth, petite balade dans le cimetière autour de l’église, il pleut. Plus loin, la route monte vers les moors, paysage désolé sous un ciel tourmenté.


Il y a un Country Pub au tournant, chaleureux, la bitter locale est âcre et bienfaisante, sa mousse veloutée, on s’assoupit dans un coin en se laissant bercer par la musique sourde des conversations au bar. Ca y est, j’ai déconnecté, je ne comprends plus rien. Je ne dirai jamais à quel point j’ai aimé, j’aime l’Angleterre.

Il faut rentrer à Bradford. La première fois ça fait un choc. Il n’y a pas pays plus exotique en Europe que l’Angleterre. La ville étale sur ses collines rangées après rangées de petites maisons de pierres jaunes noircies, héritage d’un passé industriel révolu. Le centre conserve ses grands bâtiments de pierre aux ferronneries baroques, mais les trottoirs sont craquelés, les rues sales, les fish&chips shops peu attirantes. Pourtant nous revenons toujours, nos amis d’ici sont généreux, un peu fous,avec un sens de l’humour extraordinaire.

Et puis il y a les curry. Cette ville gris-jaune et craquelée est peuplée de Pakistanais. Les saris rose fuschia, bleu vif ou vert illuminent les rues tristes. Ici c’est la plus grande ville pakistanaise en dehors du Pakistan, elle compte sept mosquées et autant de supermarchés indiens, des vraies cavernes d’Ali Baba, les boites d’épices s’étageant jusqu’au plafond. Et des restaurants indiens, plein, que ça. La tradition du coin, c’est le curry d’après pub, histoire d’écluser les pintes en surnombre, sous l’oeil amusé des serveurs Pakistanais, qui ne boivent pas, eux. Et il n’y a rien de tel qu’un petit seekh kebab, des samoussas et un hot madras pour éliminer la bière. Et c’est du vrai, du piquant, du fort, ça demande des années pour acclimater l’estomac. J’en connais un qui a voulu essayer un chicken vindaloo une fois, j’ai cru qu’il allait se dissoudre tellement il transpirait à grosses gouttes. Mais il a fini son assiette, sous l’oeil effaré du serveur…qui l’a reconnu, deux ans plus tard: ”Ah, vous êtes celui qui a mangé un vindaloo!” Grand sourire!

Bon, tout ça m’a donné faim. Ca vous dirait quelques seekh kebab? Avec une petite sauce à la menthe? Je ferai une salade verte avec de l’oignon, des tomates et de la coriandre pour aller avec ça. Et puis quelques cheese nans, et un bon mango lassi. Vous restez?

La recette des nans au fromage vient de chez Manue. J’ai juste remplacé le beurre par la même quantité de ghee (beurre clarifié indien). Ils sont excellents, nous nous sommes régalés, mais il leur manque un petit quelque chose pour être tout à fait authentiques. Peut-être les indiens utilisent-ils une farine différente.

La recette du Mango Lassi est en provenance directe de la Station Gourmande, les mangues viennent du quartier indien de Paris, et arrivent en direct du Pakistan (ça fait longtemps que je n'en avais pas mangé d'aussi bonnes). J’ai utilisé un yaourt onctueux à la noix de coco (Perle de lait), et ce n’était pas mal ma foi.

Quant aux Seekh Kebab :

  • 700g de viande d'agneau hachée
  • 2 cs de ghee (beurre clarifié indien)
  • 2 cs d'épices à Seekh Kebab*
* la boite ci-dessus vient du Pakistan via l'Angleterre, mais je suis sûre qu'on en trouve dans toutes les bonnes épiceries indiennes. C'est un mélange de piments rouges, coriandre, graines de cumin, graines de carvi, poivre, clous de girofle, bergamotte, cardamome, feuilles de laurier, ail en poudre, gingembre en poudre, papain (?), poudre de mangue, feuilles de fenugrec et sel, sans conservateurs ni colorants. On doit pouvoir faire le mélange soi-même, mais si on peut l'acheter tout fait...
Les instructions conseillent de mettre le sachet entier, plus des piments verts frais émincés. J'ai essayé une fois, je n'ai jamais pu les manger.

Mélanger tous les ingrédients. Laisser au frais environ 3 heures. Former des saucisses et les enfiler sur des brochettes. Cuire sous le grill du four, ou sur barbecue à feu doux jusqu'à ce qu'elles colorent. La cuisson au barbecue est délicate, les kebab ont tendance à se défaire, mais c'est quand même bien meilleur. Donc, à confier à un spécialiste.

Accompagner d'une sauce à la menthe, faite de deux cs de menthe hachée mixée avec un yaourt nature oncteux, sel et 1/2 cc de garam massala.

vendredi 9 juin 2006

Food Blog meme et Moussaka



Dans un très lointain passé (il y a au moins 4 mois) Elvira m’a transmis ce Food Blog Meme, le premier d’une longue liste de choses bloguesques à faire et toujours reportées (Meme, Index, Catégories, Liens à organiser, etc…). Pourtant j’aime bien lire ce que les autres font de ces questionnaires, mais c’est comme les devoirs à faire, on a toujours envie de finir sa partie de Playstation avant. Bon, cette fois-ci, je m’y colle.

Comment avez vous découvert les blogs culinaires?

Au début, il y a très très longtemps (2 ans, plus?), c’était un mot nouveau, ma voisine avait un blog, La vache qui lit. Ce n’est pas resté un mot nouveau très lontemps. En sautant de liens en liens je suis tombée assez vite sur Chocolate & Zuchini, puis sur Chez Pim et sa fantastique liste de liens. Et là, oubliés les blogs littéraires, philosophiques, politiques et poétiques, j’avais découvert les food-blogs. Une vraie mine. Je suis allée voyager très loin, au Vietnam, en Australie, à Singapour, a Friday Harbor dans la Baie de Seattle. Je ne pouvais plus m’arrêter. Et puis un jour Clotilde a publié son premier lien francophone, C’est moi qui l’ai fait, et les blogs culinaires ont commencé à faire leur apparition, Martine, Nawal, Cléa, Réquia, Aude, Estelle, Mijo, Véro, Gloria, Anne, Elvira, et j’en oublie sûrement qui sont apparus au fur et à mesure, et je ne sais plus dans quel ordre, au tout début de l’histoire.

Quel blog vous a le plus inspiré au début de votre aventure? Celui qui vous a permis de dire “Moi aussi, j’ai envie”?

Ils sont plusieurs sur la liste. Pour diverses raisons. A force d’en lire, j’ai fini par me faire une bonne idée de ce que j’aimais dans un blog culinaire: les recettes bien sûr, les photos, mais surtout le texte, le sens de l’humour et la convivialité. Ceux qui s’en rapprochent le plus sont pour moi Anthony de Spiceblog et Mrs. D de Belly Timber. Bien sûr, réunir tous ces éléments ensemble est presque impossible, et c’est pour cela que mes sources d’inspirations sont diverses. Parmi les francophones, d’abord Elvira de la Tasca et Anne de Papilles et Pupilles, pour la qualité de leurs publications et de leurs recettes, Véro de Saveurs Sucrées Salées pour l’inventivité, Mijo pour le sourire, Lilizen et Tarzile pour la poésie.
Et puis sont venus Emi Taya de Fleur de Sel, qui me manque toujours, et Dorian qui nous racontait ça, et je me suis dit que c’était ça que je voulais faire.

Pourquoi vous êtes vous lancée dans l’aventure?

Pendant deux ans j’ai lu, sans commenter au début, avec des envies grandissantes de participer, de jouer moi aussi. Mais comment faire entre les enfants, le boulot, la maison, les transports en commun? Pourtant je prenais des photos, j’avais trouvé le nom de mon blog, je commencais à commenter partout.
Et puis à Noël, j’ai reçu des e-cartes de voeux de la plupart des blogs sur lesquels je commentais, quelques unes avec des petits mots personnels, et j’ai été très touchée, nottamment par celui de Mijo qui disait à peu près “Et pourquoi pas un blog pour l’année prochaine?”. A la même époque, Dorian m'encourageait à squatter ses commentaires, c'est là que j'ai commencé à écrire.
J’ai réalisé aussi que je ne pouvais pas demeurer une éternelle commentatrice sans blog fixe, qui prend chez les autres mais ne donne jamais ce qu’elle a. Tout est une histoire de partage.
Alors voilà, on est l’année prochaine. Au passage un grand merci à mon informaticien (et photographe) de mari, sans lequel je ne me serais jamais lancée dans l’aventure.

Comment et pourquoi avez vous choisi ce nom pour votre blog?

Parce que j’habite à la campagne et que je cuisine surtout le dimanche.

Petit bilan personnel: ce que le blog vous apporte, etc…

Tout d’abord une fenêtre ouverte sur l’extérieur, un dérivatif, une déconnection par rapport au quotidien.
Une foule de nouveaux contacts, de copains virtuels, de petites émotions et de sourires électroniques.
Un enrichissement perpétuel de ma façon de cuisiner au travers des recettes et techniques des autres (je suis ravie de pouvoir dire à mes gosses que ce soir on mange portugais, que la recette vient de chez Elvira), la découverte de certains ingrédients, le début de “l’apprentissage” de la fabrication du pain (merci Anne Papilles et Sandra du Pétrin).
La découverte du plaisir de l'écriture. Le travail sur le texte et les mots, à mon petit niveau, m’amuse et me fascine.
Enfin la rencontre, au travers de cette fenêtre virtuelle, de personnages dont la réalité m’enchante.

Comme il est de tradition, je passe le flambeau à Cathy, il me semble qu’elle ne l’a pas eu.

Et pour finir, une photo d’une petite moussaka façon Tasca da Elvira, qui nous a bien plu.

lundi 5 juin 2006

Reliefs

Vous voulez voir à quoi ressemble la cuisine d’une blogueuse désorganisée après le passage d’autres blogueurs ? Vous voulez connaître l’envers du décor ? Et bien c’est ça :



Ca avait plutôt mal commencé. Levée aux aurores, j’étais toujours en pyjama à midi, en train de cuisiner, l’homme parti, les enfants en pyjama, la table pas mise, les invités arrivant à 13 :00, et une brume tenace qui s’accrochait sur la campagne, compromettant sérieusement le repas champêtre.
Et puis, le brouillard s’est levé, les enfants se sont habillés, l’homme est rentré allumer le barbecue. Je n’étais pas prête – si, je m’étais habillée – mais qu’importe. Je comptais sur l’ouverture d’esprit de mes invités. Qu’ils ont eue.
Dorian et Véro sont arrivés, les bras chargés de cadeaux et de délices gourmands, leurs conjoints et leurs enfants prêts à partager les lubies de leurs parents. Charmants tous ces enfants. Je sais, on ne juge pas les enfants sur leurs performances à l’extérieur, mais quand même ! Quant aux conjoints, quelle patience !
C’est très étrange, quand on y pense, d’organiser une rencontre de gens qui ne se sont jamais vus ni parlé, qui ont derrière eux une tonne d’expériences inconnues, et qui n’ont entre eux qu’un seul lien commun : un blog culinaire. Ca peut coller, ou non…Je crois que la sauce à pris. Suffisamment en tous cas pour qu’on ait envie de se revoir, de partager un peu plus, de refaire la cuisine ensemble.

Nous n’avons pas pris de photos, allez savoir pourquoi…Vous n’aurez donc la photo que des reliefs du festin. Mais quels reliefs !



En vrac, la terrine de veau de Véro, accompagnée d’un confit d’oignons roses et de poivrons confits à l’aigre-doux, le halwa et la salade d’orange à la menthe de Dorian, le gâteau au chocolat de Marie, le jambon Cerrano tranché le matin même par ma maman, mes supli, les caramels de Véro, ma pizza bianca au romarin.
Nous avons oublié de photographier les cookies au beurre de cacahouètes et la liqueur de Véro, les salades de poivron, les aubergines confites, la salade de courgettes à la menthe, le gigot rôti au barbecue, les fromages. Et non, il n’y avait pas de flageolets.

Nos convives sont venus chargés de cadeaux odorants et délicieux. Citronnelle, sauge, thym citron à planter au jardin de Dorian et Marie, sel et sucre parfumés et pâté made in Saveurs Sucrées Salées.


Merci à tous d’être venus.

Pour finir, puisque c’est un blog culinaire après tout, une recette. Celle des supli, petites boulettes de riz frites, fourrée de mozzarella fondue, que l’on mange dans les trattoria romaines, ou sur le pouce dans les ruelles de Naples. Croustifondantes, un vrai péché ces petites choses là.



Supli ou arancini
  • 250 g de riz carnaroli ou arborio
  • ½ litre de bouillon de volaille
  • 1 petit oignon émincé
  • 1 petit verre de vin blanc sec
  • 2 cs d’huile d’olive
  • 1 bol de parmesan rapé
  • 1 petite boite de sauce tomate fraîches Buitoni
  • 1 boule de mozzarella
  • 1 œuf battu
  • chapelure

Préparer un risotto simple. Faire revenir l’oignon dans l’huile d’olive, ajouter le riz et faire revenir jusqu’à ce qu’il soit transparent. Ajouter le vin et laisser évaporer. Puis ajouter le bouillon chaud, petit à petit, en remuant de temps en temps. En fin de cuisson (la cuisson dure environ 18-20 minutes), ajouter la purée de tomates, puis le parmesan. Laisser refroidir.
Couper la mozzarella en gros cubes. Enfermer chaque cube dans une poignée de riz et former une boulette. Une fois toutes les boulettes formées, tremper alternativement dans l’œuf battu et la chapelure. Puis faire frire à la friteuse à feu doux environ 10 minutes, le temps que la mozzarella fonde à l’intérieur de chaque boulette. Eponger sur du papier absorbant, servir chaud.

jeudi 1 juin 2006

Bookcrossing - Festins gascons



Il y a quelques temps Ségolène publiait une critique d’un livre de Christian Coulon, intitulé Festins gascons. La critique, le titre et la photo de couverture m’ayant attirés, je laissai un commentaire. Je reçus par la suite un message de l’auteur, qui se proposait de m’envoyer le livre. J’hésitai mais…on ne refuse pas un livre.

Je l’ai lu et il m’a plu. Je n’en referai pas la critique, que Ségolène a très bien faite. Je me contenterai de dire qu’il m’a fait sourire, souvent. Qu’il m’a poussée à réviser un peu l’histoire de l’Aquitaine, qui n’avait été qu'effleurée au lycée – je suis en train de terminer une “Histoire des aquitains” d’Antoine Lebegue. Qu’il m’a donné envie de lire Montaigne, dont je n’avais lu que quelques extraits (j’ai reçu en cadeau Les Essais, j’ai du pain sur la planche). C’est bien les livres qui donnent envie d’en lire d’autres, non?

Ce livre me paraissant être un parfait candidat pour notre bookcrossing gourmand, j’en ai commandé un autre exemplaire. Je veux garder le mien, gentiment dédicacé et qui comporte quelques recettes intéressantes à tester. Mais j’enverrai celui-ci au premier qui se manifeste. Il me semble que, bien que son propos soit universel, il parlera plus à un lecteur du sud-ouest, de par les nourritures et les lieux évoqués.

Je vous en reproduis un extrait, un exemple des festins évoqués par le livre. Ne croyez pas à cette lecture que ce soit un livre anticlérical, j’aurais tout aussi bien pu prendre le passage sur le repas de vendanges ou celui sur le pique-nique pèlerinage de St Raphael. Celui-ci m’a plu à cause des sarments de vigne…

“C’est dans cet état d’esprit que fut prise la décision d’organiser une fois l’an, le Vendredi saint, jour symbolique s’il en est, un repas gras qui réunirait les bouffeurs de curés les plus affamés du village. Mais ce repas de résistance devait, pour montrer la détermination de nos valeureux guerriers de l’anticléricalisme et instruire les foules aliénées, se dérouler dans l’espace public, sur les lieux mêmes où régnaient l’ignorance et l’oppression. La place de l’église était l’endroit idéal pour de telles agapes. Ils la connaissaient bien la place de l’église ces pourfendeurs de curés car, refusant d’entrer dans ce qui était pour eux le temple de l’obscurantisme, ils s’y réunissaient lors des enterrements, mariages ou baptêmes. Une manière à eux de participer à ces rites sociaux sans compromettre leur foi laïque.
Ce festin gras prit, comme cela se passe souvent en Médoc, la forme de ce que nous appelons une roste, c’est à dire une sorte de pique-nique de grillades où chacun apporte un morceau de viande que l’on cuit évidemment sur une braise de sarments de vignes – sarments de cabernet sauvignon bien entendu car le bois de ce cépage se consume plus lentement que d’autres et est donc particulièrement approprié à ce mode culinaire rustique. En outre, pour mettre le feu à ces sarments, nos braves ripailleurs faisaient brûler les feuilles cléricales que leurs pieuses épouses achetaient le dimanche à la sortie de la messe, celles du quotidien régional – à l’époque La Petite Gironde – étant consciencieusement réservées pour les grillades quotidiennes ou à des usages plus intimes. Autodafé symbolique qui donnait lieu à toutes sortes de réflexions et de cris belliqueux mettant en appétit ces gourmands impénitents.
Ces belles entrecôtes saignantes, parsemées d’échalotes finement hachées, étaient lentement dégustées, accompagnées de bouteilles des meilleures années, occasion de porter tous les toasts que l’on peut aisément imaginer à la gloire des défenseurs de la “cause”. Souvent les entrecôtes étaient précédées de toutes sortes de charcuteries sorties des placards familiaux.”

In Festins gascons – Christian Coulon – éditions confluences

lundi 29 mai 2006

Un départ



O. était parti depuis deux mois. Deux longs mois d'hiver Parisien, gris, lugubres. Je m'étais perdue dans les couloirs gris-jaunes fissurés de la Salpêtrière, à attendre des nouvelles de mon père. J'avais rencontré un prêtre à la recherche d'âmes en peine. Je m'étais enfuie.
Mais c'était fini, mon père allait mieux.

Souvent j'appelais O.
"Alors, c'est comment?"
"C'est beau ici, lumineux, tu verras. Tiens, on a fait un plat qui te plairait: des pâtes aux artichauts, à l'ail, huile d'olive et piments. Avec ça on boit un petit vin blanc des Castelli Romani, c'est bon."
"Tu mets de l'ail? Je croyais que tu n'aimais pas l'ail?"
"Oui, mais ici c'est bon."

Des artichauts, de l'ail, de l'huile d'olive, du piment et du vin blanc...il était temps que je le rejoigne à Rome.


Spaghetti aux artichauts (pour 2/3 personnes)

  • 1 botte d' artichauts poivrades (5-6 environ)
  • 300 g de spaghetti
  • 3 piments de cayenne séchés
  • 3 gousses d'ail pelées, dégermées
  • 1 dl d'huile d'olive
  • sel, poivre
  • 1 petit verre de vin blanc sec

Préparer un grand bol d'eau citronnée. Oter les feuilles extérieures les plus dures des artichauts, et couper la queue à 3 cm. Peler la queue. Couper la pointe des artichauts et les couper en deux. Oter le foin et les plonger dans l'eau citronnée pour éviter qu'ils ne noircissent.
Mettre un grande casserole d'eau à bouillir.
Mettre à chauffer l'huile d'olive dans une sauteuse. Eponger et émincer les artichauts un à un ( toujours pour éviter qu'ils ne noircissent) et les mettre à revenir dans l'huile, à feu moyen, avec l'ail coupé en morceaux et les piments entiers.
Une fois les artichauts un peu dorés et attendris, au bout de 10 minutes environ, saler, poivrer et ajouter le vin blanc. Baisser le feu et laisser mijoter environ 6 minutes, le temps de cuire les spaghetti (al dente, j'insiste). Ajouter si besoin un peu d'eau de cuisson des pâtes.
Appeler tout le monde à table.
Egoutter les pâtes, mélanger à la sauce aux artichauts et servir subito. Ne pas oublier le parmesan.

vendredi 19 mai 2006

Où Leeloo voulait nous faire manger des fleurs


Leeloo aime bien organiser des jeux. Je ne suis pas très joueuse, mais j’aimais bien l’idée d’expérimenter avec des fleurs. Et puis “L’imagination culinaire au pouvoir” c’est un joli nom de jeu, et en plus j’aime bien Leeloo. Je ne suis pas la seule, ce jeu a suscité de nombreuses jolies créations.

Bien sûr j’avais déjà mangé et cuisiné les fleurs de courgette, et mis des capucines dans la salade, mais pour les autres j’étais assez ignorante de leurs qualités gustatives. Je me suis donc mise à goûter les fleurs, pour voir. Les fleurs d’ajonc sur la lande en Bretagne, bof, pas terribles, les glycines, ça sent bon mais ce n’est pas bon, les fleurs d’acacia, j’ai cherché, mais il n’y en avait pas autour de moi. Je n’ai pas pensé à goûter les tulipes avant qu’elles ne fanent, pourtant Tarzile dit que c’est comestible. Les iris, les bleuets, non!

Et puis, un jour, j’ai goûté une fleur de romarin. Et qu’est-ce que c’était bon, piquant, poivré, un goût décidément puissant et très différent de celui des feuilles de romarin. A force de me creuser la tête, l’idée a fini par venir: j’allais les mettre dans une crème brûlée, que j’allais caraméliser au sucre d’érable. Si ce n’est pas une idée géniale ça! Sauf que, j’aurais dû réfléchir un peu, la création en desserts et moi, ça fait deux…

Je me mets donc à cueillir des fleurs de romarin, sous l’oeil amusé de mon homme, il en faut beaucoup, c’est long. “Tu comprends, c’est pour Leeloo, elle a organisé un jeu…”
A partir de là, plantage total: j’ai bien suivi la recette des crèmes et fait infuser le romarin au moins 15 minutes, mais j’en ai renversé une partie dans le liquide du bain-marie. Elles ont pris sans problème, mais le chalumeau que j’avais acheté pour caraméliser le sucre (là aussi, sourire goguenard de mon homme “mais je pouvais t’en prêter un de chalumeau!”) n’a jamais voulu fonctionner. Bon, j’ai fait autrement et on a goûté: ce n’était pas bon, trop gras, trop sucré et surtout aucune trace du goût des fleurs de romarin. Ca m’apprendra à vouloir faire la créative en cuisine!

Un peu d’humilité ne me faisant pas de mal, je nous ai préparé cette salade de feuilles d’épinards ET fleurs de ciboulette:

Vinaigrette:
  • moutarde
  • vinaigre balsamique
  • huile d’olive
  • huile de noisette

Tartines:
  • Pain aux céréales maison légèrement toasté
  • fromage blanc battu
  • 1 cs d’huile d’olive
  • 2 cs de ciboulette ciselée
  • sel
  • poivre
  • tranches fines de Bresaola

Les fleurs de ciboulette se mangent, elles ont une saveur beaucoup plus piquante que la ciboulette elle-même, vous pouvez les émietter sur la salade, c’est délicieux. A consommer avec modération quand même, c’est fort.

dimanche 14 mai 2006

Essaouira - Novembre 2005



Je ne m’attendais vraiment pas à ça. Je ne sais pas à quoi je m’attendais d’ailleurs. Quand je visite un nouveau pays, j’évite de lire beaucoup avant, j’aime les surprises. Donc là, la surprise était totale.

C’était un weekend de fin novembre, il faisait froid déjà sur Paris, menaces d’averses de neige sur la France. Et là, en descendant de l’avion, c’était une après-midi de fin d’été, une douceur de l’air bienfaisante, un léger vent dans les palmiers. Le café de l’aéroport était délicieux, c’était bon signe.

Et puis la route, Marrakech-Essaouira, toute droite vers le couchant au milieu d’un désert de cailloux et de poussière. Peu de voitures, des petits camions surchargés, quelques mobylettes, et des charrettes à âne, transportant des familles, des marchandises. Au bord de la route des gosses, partout, les petites filles avec leurs nattes et leurs gros cartables, les petits garçons avec leurs maillots de foot, qui revenaient de l’école. Mais où était l’école, où était la maison ? Mystère, rien que du désert aride.

Traversée de petites villes poussiéreuses, au coucher du soleil. Quelques ampoules électriques jaunâtres éclairaient les boutiques. Mais de quoi vivent les gens par ici ?

Nous sommes arrivés de nuit. La petite ville était calme. Ca sentait les épices, la mer, l’humidité et la pisse de chat. Derrière la massive porte en bois de l’hôtel, le calme total. Une grande maison ouverte sur sa cour intérieure, une fontaine au centre, le bruit de l’eau, une odeur de cire, de térébenthine.


Au port, c’était l’heure de l’arrivée des chalutiers. Du monde partout, des gosses, plein, qui aidaient au déchargement, odeurs d’essence et de poisson, cris des mouettes. C’était familier, mais je me suis soudain sentie très étrangère au milieu de toutes les femmes voilées.


La nuit fût calme, hors du monde. Le matin, réveillée par le chant des oiseaux dans la cour intérieure, j’ai gravi l’escalier jusqu’à la terrasse. La petite ville fortifiée s’étalait tout autour, la luminosité était insoutenable, au loin la mer scintillait. Le bonheur…



Après ? Rien que du plaisir. L’impression de se sentir chez soi dans ces rues si actives, l’envie d’acheter de ce poisson si frais au souk. Les vendeurs de pâtisseries qui passaient avec leurs plateaux remplis de douceurs. Toutes les odeurs des boutiques d’épices, le thé pris dans la boutique et les discussions avec les jeunes du coin. Tellement de jeunes gens…Les pieds nus dans la mer, en novembre ! Le poisson grillé au bord de la mer. Le massage à l’huile d’argan, un vrai délice.

Et puis, surtout, la végétation du sud mêlée à l’air, aux odeurs de l’atlantique, comme si la Bretagne s’était transportée plus au sud et qu’il y faisait soudain chaud.
Vous l’avez compris, nous retournerons au Maroc.

Pour faire un peu comme là-bas :

Tajine de poulet au citron confit et aux olives

  • Un poulet de 1,5kg
  • 1 citron confit
  • 2 oignons émincés
  • 150g d’olives violettes
  • 2 /3 gousses d’ail écrasées
  • 3 carottes
  • 2 pommes de terre moyennes
  • 3 cs d’huile d’olive
  • 2 cs de Ras el Hanout*
  • 1 cs de cumin
  • Poivre
  • Huile d’argan
  • coriandre fraiche
Dans un plat à tajine, posé sur un diffuseur, faire revenir à l’huile d’olive le poulet. Ajouter les épices et le poivre. Ajouter ensuite les oignons et l’ail, faire revenir. Ajouter le citron confit coupé en morceaux et les olives. Mouiller à hauteur d’eau ou de bouillon de volaille. Couvrir et laisser cuire à feu doux environ 45 minutes. Ajouter les carottes et les pommes de terre coupées en morceaux et laisser cuire encore 30 minutes. Au bout de ce temps, le poulet doit être tendre et les légumes cuits mais encore fermes, la sauce dense. Sinon, laisser cuire un peu plus. Avant de servir, arroser d’un filet d’huile d’argan. Parsemer de coriandre. Servir directement dans le plat de cuisson.
Surtout, ne pas saler, les citrons confits et les olives étant en principe assez chargés en sel.
*J’ai utilisé un mélange d’épices pour poulet acheté à Essaouira, qui s’était un peu éventé je crois. C’est pour ça que j’ai rajouté du cumin. Alors attention en dosant le Ras el Hanout, il en faudra sûrement un peu moins que dans ma version.

Recette adaptée de "Le grand livre de la cuisine Marocaine" de Fatéma Hal, Ed. Hachette Pratique. La recette originale comportait du fenouil à la place des carottes et des pommes de terre, mais je n’en avais pas. Le mélange d’épices aussi était différent. J’ai rajouté de la coriandre.

dimanche 7 mai 2006

Chroniques du jardin Mai 2006


Ce billet est spécialement dédié à Tarzile, jardinière au Québec, et à jp, extraordinaire jardinier de l'Alentejo.

J'ai un cousin adorable, et adoré, jardinier des montagnes Basques, qui aime noter tous les jours, sur son carnet, les événements quotidiens: température, pluviométrie, nombre de palombes attrapées ou de truites pêchées, combien de kilos de cèpes récoltés, et toutes autres choses fort utiles à la mémoire collective. Ca ne sert à rien, mais tout jardinier, même les jardiniers amateurs que nous sommes, sait qu'il est passionnant de savoir si les fleurs de poirier sont ou non en retard par rapport à l'année précédente. Pour cela, j'ouvre ces chroniques de jardin, en souhaitant être encore ici l'année prochaine, pour comparer avec cette année l'état d'avancement de la végétation à la même époque. Salut Jeannot!

Aujourd'hui:
température minimale: 13,2 C
température maximale: 23,9 C
soleil voilé, averses passagères le matin
pas de truites, pas de palombes


Le romarin est en fleurs

Les abeilles commencent à s'intéresser à la glycine


Les tulipes sont sur un glorieux déclin


le thym a repris


l'estragon aussi


les bleuets sont en fleur


ainsi que les pervenches


les pissenlits en graines. Soufflez pour voir!


les encolies commencent tout juste à s'épanouir


les fraises des bois ne sont que futures


et la gerbe d'or flamboie